Des microalgues et des polymères pour une cosmétique plus efficace à base d'huile essentielle d'arbre à thé ?
- Matthieu Nicault
- 5 mars 2025
- 3 min de lecture

Quand la science booste les soins pour la peau
Les cosmétiques naturels sont de plus en plus plébiscités, mais leur efficacité peut être limitée par la volatilité de certains actifs. C’est le cas de l’huile essentielle d’arbre à thé, connue pour ses propriétés antibactériennes et apaisantes, mais qui s’évapore rapidement lorsqu’elle est appliquée sur la peau. Une équipe de chercheurs a cherché à résoudre ce problème en développant un système de libération biopolymérique capable de retenir et de diffuser progressivement cette huile essentielle, en l’associant à un autre ingrédient clé : la microalgue Chlorella vulgaris.
Grâce à une matrice en 3D fabriquée à partir de celluloses naturelles et d’alginate, ce système promet d’améliorer l’efficacité des soins pour la peau en prolongeant l’action des molécules actives. L’étude explore ainsi une approche innovante pour la formulation de cosmétiques plus performants et respectueux de l’environnement.
Pourquoi encapsuler des actifs cosmétiques ?
L’un des principaux défis en cosmétique est d’assurer une diffusion prolongée et contrôlée des molécules actives. Sans protection, des ingrédients comme les huiles essentielles s’évaporent rapidement ou perdent leur efficacité au contact de l’air et de la chaleur.
L’idée des chercheurs a été d’incorporer l’huile essentielle d’arbre à thé et les biomolécules de Chlorella vulgaris dans une matrice polymérique tridimensionnelle. Cette structure poreuse, composée de cellulose microfibrillée, de cellulose nanofibrillée et de carboxyméthylcellulose, agit comme un réservoir qui libère progressivement les actifs sur la peau, prolongeant ainsi leurs effets.
En plus d’optimiser la durée d’action, ce système de libération pourrait améliorer la tolérance cutanée en réduisant le risque d’irritation, un problème parfois rencontré avec l’application directe d’huiles essentielles.
Une matrice polymérique aux propriétés optimisées
Pour que ce système fonctionne efficacement, il fallait une matrice poreuse bien conçue. Les chercheurs ont combiné des méthodes expérimentales et des outils de simulation numérique pour ajuster la porosité et la taille des pores du matériau.
Grâce à cette optimisation, la matrice peut retenir les actifs tout en permettant leur diffusion progressive. L’analyse par microscopie électronique à balayage (SEM) a montré que cette structure est homogène, avec une répartition contrôlée des pores et une bonne stabilité mécanique.
Contrôle de la libération : une efficacité démontrée
Les tests ont ensuite permis d’évaluer comment l’huile essentielle et les minéraux de la microalgue étaient libérés dans le temps. Une calorimétrie différentielle à balayage (DSC) a montré que l’huile essentielle d’arbre à thé s’évapore normalement entre 25 et 38°C lorsqu’elle est seule. Mais lorsqu’elle est encapsulée dans la matrice, sa libération est retardée et mieux contrôlée.
Ce résultat est particulièrement intéressant pour les applications cosmétiques : à la température de la peau (environ 37°C), l’huile essentielle resterait plus longtemps en contact avec l’épiderme, prolongeant ainsi son action antibactérienne et apaisante.
De même, les minéraux de Chlorella vulgaris sont relargués progressivement, contribuant à l’hydratation et à la nutrition de la peau. Ce système innovant pourrait donc avoir des applications dans les crèmes hydratantes, les sérums ou encore les masques de soin.
Vers une nouvelle génération de cosmétiques ?
Cette recherche ouvre la voie à de nouvelles formulations cosmétiques alliant naturalité et performance. L’association entre microalgues, huiles essentielles et biopolymères permet non seulement d’optimiser l’efficacité des soins pour la peau, mais aussi de proposer des alternatives plus respectueuses de l’environnement, en évitant l’usage de conservateurs synthétiques ou d’émulsifiants chimiques.
L’étude suggère également que ce type de matrice pourrait être adapté à d’autres ingrédients actifs, ouvrant ainsi un large champ d’application, de la cosmétique aux dispositifs médicaux pour le soin des plaies.
Et vous, pensez-vous que la cosmétique de demain passera par ce type de technologie ? Voyez-vous d’autres applications possibles pour ces matrices polymériques ?
Source : Morais, F.P.; Simões, R.M.S.; Curto, J.M.R. Biopolymeric Delivery Systems for Cosmetic Applications Using Chlorella vulgaris Algae and Tea Tree Essential Oil. Polymers 2020, 12, 2689. https://doi.org/10.3390/polym12112689
Glossaire
Biopolymères : Polymères naturels, souvent dérivés de plantes ou de microorganismes, utilisés pour créer des matériaux biodégradables.
Chlorella vulgaris : Microalgue verte riche en protéines, vitamines et minéraux, souvent utilisée pour ses propriétés antioxydantes et nutritives.
Carboxyméthylcellulose (CMC) : Dérivé de cellulose utilisé pour ses propriétés épaississantes et hydratantes en cosmétique.
Microscopie électronique à balayage (SEM) : Technique permettant d’observer la structure fine d’un matériau à très haute résolution.
Calorimétrie différentielle à balayage (DSC) : Méthode d’analyse thermique permettant de mesurer la stabilité et la libération d’un composé en fonction de la température.



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