Obésité : quand nos gènes influencent notre réaction à l’alimentation
- Matthieu Nicault
- 22 avr. 2025
- 4 min de lecture

Face à l’obésité, on évoque souvent les excès alimentaires et le manque d’activité physique. Mais de plus en plus d’études montrent qu’un autre facteur entre en jeu : notre génome. Ce n’est pas seulement ce que nous mangeons qui compte, mais aussi la manière dont notre corps y réagit, et cette réaction dépend en partie de nos variations génétiques.
L’article scientifique étudié ici fait le point sur un champ de recherche émergent : la nutrigénomique, qui s’intéresse à la façon dont les nutriments interagissent avec nos gènes, et inversement. À alimentation identique, deux personnes peuvent donc connaître des effets très différents selon leur profil génétique.
L’empreinte de la génétique sur le poids corporel
L’obésité est une maladie complexe, où se croisent des facteurs comportementaux, métaboliques, environnementaux et génétiques. Des études menées sur des jumeaux montrent que l’héritabilité de l’indice de masse corporelle, c’est-à-dire la part de responsabilité des gènes dans la corpulence, est estimée entre 45 % et 75 %. Autrement dit, nous ne partons pas tous du même point de départ en matière de prise de poids.
Mais ces gènes n’agissent jamais seuls. Leur impact s’exprime surtout au contact de notre environnement, en particulier de notre alimentation. C’est cette interaction entre les gènes et les nutriments qui va influencer la propension à stocker les graisses, à ressentir la faim ou à utiliser l’énergie des aliments.
Une seule lettre peut faire toute la différence
Notre génome est constitué de plus de trois milliards de lettres de 4 types différents (A, T, C et G). Des différences minimes dans cette immense séquence peuvent modifier notre physiologie. Les chercheurs appellent cela des polymorphismes nucléotidiques simples, plus connus sous le nom de SNP (pour Single Nucleotide Polymorphism). Il s’agit de variations génétiques d’une seule lettre entre individus.
Certaines de ces variations ont été associées à des différences dans la régulation du poids. Par exemple, une version particulière du gène FTO, identifiée dès 2007, augmente la tendance à prendre du poids, sans modifier nécessairement les apports alimentaires. Le gène MC4R, lui, est impliqué dans la sensation de satiété, tandis que d’autres comme ADIPOQ ou APOB sont liés au métabolisme des graisses ou à la sensibilité à certains régimes.
Ce que montre la recherche, c’est que ces gènes ne dictent pas seuls le destin de notre silhouette, mais modulent la réponse de notre corps à un même type d’alimentation. Une personne porteuse d’une certaine version du gène FTO, par exemple, verra son indice de masse corporelle augmenter plus fortement qu’une autre à alimentation équivalente.
La nutrigénomique : vers une nutrition personnalisée
Pour explorer ces liens, les scientifiques s’appuient sur les études d’association pangénomique, appelées GWAS (pour Genome-Wide Association Studies). Ces études consistent à analyser l’ADN de milliers de personnes pour repérer les gènes associés à une caractéristique donnée, comme l’obésité.
Grâce à ces analyses, un champ de recherche s’est structuré : la nutrigénomique. Elle regroupe deux axes. D’un côté, la nutrigénomique au sens strict s’intéresse à la manière dont les nutriments influencent l’expression des gènes. De l’autre, la nutrigénétique examine comment les gènes modifient notre réaction aux aliments.
L’intérêt de cette recherche est d’imaginer une approche plus précise et individualisée de la nutrition. Si deux personnes ont des réponses très différentes à un régime riche en graisses ou à une restriction calorique, c’est qu’un régime unique pour tous n’est pas toujours adapté.
Des réactions alimentaires qui varient selon les gènes
L’article recense plusieurs études qui montrent que l’impact d’un régime dépend de la génétique de l’individu. Chez les personnes porteuses de certaines variantes du gène FTO, un excès de graisses dans l’alimentation amplifie la prise de poids. Pour d’autres gènes, comme ADIPOQ, ce sont les types d’acides gras consommés qui comptent. Une consommation élevée d’acides gras mono-insaturés peut réduire l’indice de masse corporelle, mais uniquement chez les individus possédant une certaine version du gène.
Il apparaît donc que le régime idéal pour une personne peut s’avérer peu efficace pour une autre, voire inadapté. Ces résultats appellent à repenser les recommandations alimentaires en tenant compte de cette diversité génétique.
Une science prometteuse, mais encore en développement
L’idée d’une nutrition personnalisée basée sur notre ADN séduit autant qu’elle soulève des questions. Elle pourrait permettre une meilleure prévention de l’obésité, une adaptation fine des régimes alimentaires, et une meilleure compréhension des échecs ou succès individuels face aux régimes.
Mais il reste du chemin à parcourir avant que ces approches soient intégrées dans la pratique quotidienne. Les coûts des analyses doivent encore baisser, les données doivent être mieux interprétées selon les contextes ethniques et environnementaux, et les professionnels de santé doivent être formés à cette nouvelle lecture du métabolisme humain.
Source : Doo, M., & Kim, Y. (2015). Obesity: interactions of genome and nutrients intake. Preventive Nutrition and Food Science, 20(1), 1.
Glossaire
Indice de masse corporelle (IMC) : mesure standardisée de la corpulence, calculée à partir du poids et de la taille.
SNP (polymorphisme nucléotidique simple) : variation d’une seule lettre dans la séquence d’ADN entre deux personnes.
Gènes FTO, MC4R, ADIPOQ, APOB : gènes associés respectivement à la prise de poids, la satiété, le métabolisme des graisses et la réponse à une alimentation lipidique.
GWAS (étude d’association pangénomique) : méthode utilisée pour identifier les gènes liés à une caractéristique particulière à l’échelle du génome.
Nutrigénomique : science étudiant comment les nutriments peuvent influencer l’expression des gènes.
Nutrigenétique : science étudiant comment nos gènes modifient notre réaction aux nutriments.
Nutrition de précision : approche personnalisée de la nutrition, adaptée au profil génétique et métabolique de chacun.



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