Un pollen médicinal face à l'obésité : le potentiel caché de Schisandra chinensis
- Matthieu Nicault
- 19 mai 2025
- 5 min de lecture

Le surpoids et l’obésité sont à l’origine de nombreuses complications métaboliques. De plus en plus, les chercheurs se tournent vers des solutions naturelles, capables d’agir à la fois sur le stockage des graisses et sur les troubles associés, comme la stéatose hépatique. Parmi ces pistes, le pollen de Schisandra chinensis, utilisé en médecine traditionnelle asiatique, suscite un intérêt croissant. Des travaux récents ont examiné les effets d’une fraction enrichie en polyphénolsde ce pollen sur des souris rendues obèses. Leurs résultats apportent un éclairage nouveau sur le rôle des molécules végétales dans la régulation du poids.
Une plante médicinale ancienne au cœur de la recherche moderne
Schisandra chinensis est une plante grimpante originaire d’Asie, connue pour ses fruits rouges aux cinq saveurs. Elle est utilisée depuis des siècles dans la médecine traditionnelle chinoise, notamment pour renforcer le foie, stimuler l’énergie et prolonger la longévité. Ce sont surtout ses baies qui ont été étudiées. Le pollen, en revanche, est resté dans l’ombre.
Le pollen contient pourtant une forte concentration de composés actifs, notamment des polyphénols, des flavonoïdes et des lignanes. Ces molécules sont connues pour leurs propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et protectrices du foie. Les chercheurs ont donc isolé une fraction enrichie en polyphénols du pollen de Schisandra afin d’en évaluer les effets sur des souris obèses.
Un protocole rigoureux pour tester les effets métaboliques
Pour simuler une situation d’obésité, les scientifiques ont nourri des souris avec une alimentation riche en graissespendant 13 semaines. Ce régime induit une prise de poids rapide, une augmentation des graisses viscérales, et une détérioration de la fonction hépatique, proche de ce qu’on observe chez l’humain en cas de surpoids chronique.
Les souris ont ensuite reçu, pendant 4 semaines, différents types de traitements. L’un des groupes a reçu la fraction polyphénolique du pollen (à deux doses différentes), tandis que d’autres ont reçu un médicament de référence ou aucun traitement.
Cette approche a permis de comparer l’effet du pollen à celui d’un traitement classique contre l’obésité, tout en vérifiant son impact sur le foie, le poids, le métabolisme des graisses et l’inflammation.
Une perte de poids et une amélioration visible du foie
Les résultats montrent une réduction significative du poids corporel chez les souris traitées avec la fraction polyphénolique. Cette perte de poids n’est pas due à une baisse de l’appétit, car la consommation de nourriture reste stable. Elle s’explique donc par des modifications du métabolisme.
Les chercheurs ont observé une diminution des graisses dans le foie, réduisant ainsi la stéatose hépatique, une accumulation anormale de lipides dans les cellules hépatiques. Le foie des souris traitées présente moins de signes d’inflammation et moins de lésions à l’observation microscopique. En parallèle, les taux sanguins de cholestérol total et de triglycérides diminuent, ce qui indique un meilleur équilibre lipidique général.
Un effet antioxydant puissant contre le stress cellulaire
L’un des axes majeurs de l’effet observé repose sur l’activité antioxydante du pollen. Dans le foie obèse, les cellules subissent un stress oxydatif chronique, qui aggrave les lésions hépatiques. La fraction de pollen agit en piégeant les radicaux libres et en réactivant les systèmes de défense naturelle des cellules.
Les chercheurs ont mesuré l’augmentation de certaines enzymes antioxydantes comme la SOD (superoxyde dismutase) et la CAT (catalase). Ces enzymes neutralisent les radicaux libres et empêchent les dommages cellulaires. Cela permet de protéger les cellules du foie et de restaurer leur fonctionnement.
Cette protection contre l’oxydation cellulaire est un facteur essentiel dans la prévention des maladies métaboliques chroniques, comme la résistance à l’insuline ou la fibrose hépatique.
Une réduction des marqueurs de l'inflammation
Le tissu adipeux et le foie des individus obèses sont souvent le siège d’une inflammation silencieuse, caractérisée par la production excessive de molécules pro-inflammatoires. Cette inflammation contribue à l’aggravation des troubles métaboliques.
Les souris ayant reçu le traitement à base de pollen présentent une réduction nette des cytokines pro-inflammatoires, en particulier le TNF-α et l’IL-6, deux messagers chimiques qui favorisent les lésions tissulaires. Leur diminution indique un apaisement de l’environnement inflammatoire, aussi bien dans le foie que dans les tissus adipeux.
Ce phénomène est renforcé par la baisse de l’activité des macrophages, cellules immunitaires qui participent à l’entretien de l’inflammation chronique dans les tissus obèses.
Une influence positive sur la flore intestinale
Le microbiote intestinal joue un rôle central dans la régulation du poids et du métabolisme. En cas d’obésité, la diversité des bactéries diminue, et certaines souches favorisent la prise de poids et l’inflammation.
La fraction de pollen semble rétablir un équilibre favorable du microbiote, en augmentant la présence de bactéries bénéfiques comme les lactobacilles et les bifidobactéries, tout en réduisant la croissance de bactéries associées aux déséquilibres métaboliques.
Ce rééquilibrage participe à l’amélioration de l’absorption des nutriments, à la réduction de l’inflammation intestinale, et probablement à une meilleure régulation des signaux métaboliques envoyés au cerveau.
Des mécanismes cellulaires révélés
Au niveau moléculaire, les chercheurs ont mis en évidence l’activation de voies de signalisation métaboliques spécifiques. L'une des principales est la voie AMPK, déjà connue pour favoriser la dépense énergétique et inhiber la fabrication de nouvelles graisses. Cette activation explique en partie la réduction de la masse grasse observée.
En parallèle, l’expression de gènes impliqués dans la lipolyse (la libération des graisses stockées) augmente, tandis que ceux liés à la lipogenèse (la fabrication de nouvelles graisses) sont inhibés. Le corps est donc poussé à utiliser ses réserves plutôt qu’à les accumuler.
Un profil de sécurité prometteur
Contrairement à de nombreux médicaments anti-obésité, souvent associés à des effets secondaires importants, la fraction de pollen testée ne provoque aucune toxicité apparente. Aucun dommage n’a été observé dans les organes, et les fonctions hépatiques se sont même améliorées.
Cette bonne tolérance ouvre la voie à une utilisation potentielle comme complément alimentaire ou soutien thérapeutique naturel, en particulier pour les personnes présentant une obésité liée à des troubles hépatiques.
Une perspective nouvelle sur les approches végétales
Les résultats de cette recherche soulignent l’intérêt croissant pour les molécules végétales complexes, capables d’agir sur plusieurs mécanismes à la fois. Le pollen de Schisandra chinensis, riche en polyphénols, offre un exemple de solution naturelle combinant effet métabolique, protection hépatique et rééquilibrage intestinal.
Bien que les données chez l’animal doivent encore être confirmées chez l’humain, ce travail constitue une base solide pour de futurs essais cliniques. Il illustre comment des savoirs traditionnels peuvent nourrir des innovations scientifiques modernes, à condition d’être étudiés avec rigueur.
Source : Cheng, N., Chen, S., Liu, X., Zhao, H., & Cao, W. (2019). Impact of schisandrachinensis bee pollen on nonalcoholic fatty liver disease and gut microbiota in highfat diet induced obese mice. Nutrients, 11(2), 346.
Glossaire
Polyphénols : Famille de molécules d’origine végétale, connues pour leurs propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires.
Stéatose hépatique : Accumulation excessive de graisses dans les cellules du foie.
Stress oxydatif : Déséquilibre entre les radicaux libres produits dans l’organisme et les mécanismes de défense antioxydants.
SOD (Superoxyde dismutase) : Enzyme qui protège les cellules contre les radicaux libres.
CAT (Catalase) : Enzyme qui décompose le peroxyde d’hydrogène, un composé oxydant toxique.
Cytokines : Molécules impliquées dans la communication entre les cellules du système immunitaire.
TNF-α, IL-6 : Cytokines pro-inflammatoires, souvent élevées en cas d’obésité chronique.
Microbiote intestinal : Ensemble des micro-organismes vivant dans le tube digestif, jouant un rôle essentiel dans la digestion et l’immunité.
Lipolyse : Processus de libération des graisses stockées dans les cellules.
Lipogenèse : Fabrication de nouvelles graisses à partir des sucres et des acides gras.
AMPK : Enzyme activée en cas de besoin énergétique, qui stimule l’utilisation des graisses et freine leur stockage.



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